Il y a une histoire que peu de gens connaissent sur Saint-Tropez.
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Il y a une histoire que peu de gens connaissent sur Saint-Tropez.
Tu connais le nom. Tu connais les plages, le port, les bateaux qui se frôlent en juillet. Tu connais peut-être la Bravade, cette fête étrange chaque mai où les Tropéziens tirent des coups de fusil en l'air dans les ruelles.
Mais tu sais d'où vient le nom Saint-Tropez ?
Assieds-toi. Je t'explique.
On est en l'an 68 après Jésus-Christ. À Pise, en Toscane, il y a un homme qui s'appelle Caïus Silvius Torpetius. Officier brillant, intendant personnel de l'empereur Néron, chef de sa garde. Un homme de confiance, respecté, installé.
Sauf que Torpetius a un problème. Il s'est converti au christianisme. Converti par Paul lui-même, dit-on, dont il avait assuré la garde pendant sa captivité à Rome.
Un jour, Néron organise une grande cérémonie en l'honneur de la déesse Diane. Il demande à Torpetius de chanter un hymne à sa gloire.
Torpetius refuse.
Néron, qui n'est pas exactement connu pour sa patience, devient fou de rage. Il le fait flageller. Les lions et les léopards qu'on lâche sur lui se couchent à ses pieds. La colonne à laquelle on l'attache se brise et tue son propre bourreau.
Finalement, on le décapite. Le 29 avril de l'an 68.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Et c'est là que ça devient intéressant.
Néron veut que le corps disparaisse. Pour qu'aucun chrétien ne puisse le récupérer, ne puisse en faire une relique, un symbole. Il ordonne qu'on place le corps décapité de Torpetius dans une vieille barque vermoulue. Avec lui : un coq et un chien, chargés de dévorer ce qu'il reste. La barque est abandonnée sur l'Arno, livrée aux courants.
Voilà l'idée. Une barque qui dérive, un corps qui disparaît, une histoire qu'on efface.
Sauf que la mer en a décidé autrement.
Pendant vingt jours, la barque suit le courant ligure le long des côtes. Le coq et le chien n'ont pas touché au corps. Et le matin du 17 mai 68, l'embarcation entre doucement dans un golfe calme, sur une côte que les Romains appellent alors Héracléa.
Une vieille femme du nom de Célerine attendait sur la plage. Elle avait eu la veille la vision de cette barque en songe.
Elle recueille le corps intact. Les chrétiens le cachent, l'enterrent, lui bâtissent une chapelle. Et le lieu prend le nom du martyr. Torpes. Sant-Tropé. Saint-Tropez.
Mais qu'est-ce qu'ils sont devenus, le coq et le chien ?
Le coq s'envola. Il prit la direction de l'intérieur des terres avec un brin de lin dans le bec, et se posa sur ce qui allait devenir un village. Ce village s'appelle encore aujourd'hui Cogolin. Ce qui signifie, en provençal : "petit coq".
Le chien, lui, partir vers le fond du golfe. Il s'installa là où se dresse aujourd'hui le village de Grimaud. Grimaud, qui veut dire "vieux chien".
Trois villages nés de la même barque.
Saint-Tropez, Cogolin, Grimaud. Trois noms qu'on prononce chaque été sans savoir qu'ils partagent la même origine, la même nuit sur l'Arno, le même courant ligure qui a tout décidé il y a presque deux mille ans.
La prochaine fois que tu passes devant le panneau "Cogolin" sur la nationale, pense au coq.
Et si tu vois un vieux chien traîner sur la place de Grimaud, dis-lui bonjour de ma part.